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M23 à Goma : La soif inextinguible du sang ! ( Billet d’humeur)

Je m’étonne –vraiment – de toute cette soif du sang qui semble animer les rebelles de l’AFC/M23, ces braves combattants qui, selon les dires des fins observateurs et des rescapés tremblants, ont décidé de faire de Goma une sorte de parc d’attractions pour psychopathes armés. Je me replonge dans la scène d’une ville fraîchement tombée entre les mains des rebelles. Parlons-en.

Et bien sûr, d’entrée de jeu, comment ne pas préciser avec émotion la précieuse collaboration des forces armées rwandaises, qui auraient apporté leur touche personnelle à ce festival de la mort, façon commando humanitaire… mais en version sniper friendly.

Voyez-vous, il n’est pas donné à tout le monde de transformer un marché bondé en zone de tir au pigeon, ni de convertir une maternité en champ de bataille improvisé.

Mais, à Goma, cette ville réputée pour ses volcans fumants et ses concerts de festival Amani, on a désormais renommé les rues en fonction du nombre de cadavres retrouvés à chaque carrefour ou à des coins de rues.

Savez-vous que le bilan donne le vertige (et le haut-le-cœur) ?

Eh oui, selon les chiffres officiels dévoilés par le ministre de la santé, Roger Samuel Kamba, lors d’un point presse animé aux côtés du ministre de la Communication, Patrick Muyaya Katembwe, le bilan est lourd, très lourd :

> 8.587 morts.
> 5.500 blessés.

Des chiffres qui, s’ils étaient portés sur un tableau Excel, pourraient aisément figurer dans une colonne intitulée « Opération Sécurité Renforcée ».

On imagine mal comment qualifier autrement une offensive militaire qui fait d’une ville un charnier géant.

Je peux me tromper dans ma modeste réflexion, peut-être pas très pénétrante, mais soyons justes.

Si l’on en croit les discours diplomatiques feutrés de certains dirigeants internationaux, il ne s’agit que d’une « tension régionale passagère« , ou pire, d’un « conflit asymétrique intercommunautaire », …

On entend souvent ces genres de discours, comme si les balles perdues choisissaient leurs victimes selon leur appartenance ethnique, et non selon leur statut de civil désarmé.

Je sais que des survivants parlent, ils parlent contre vents et marées.

Dans les camps de déplacés, dans les salles d’attente des hôpitaux surchargés, dans les déclarations courageuses des journalistes locaux, les voix s’élèvent. Elles racontent. Elles s’indignent.

Jean Kavuta, rescapé du massacre du 25 février où plus de 200 personnes ont été brûlées vives, témoigne :

« J’ai vu des enfants courir avec le dos en feu, j’ai entendu des femmes supplier qu’on leur verse de l’eau… alors qu’il n’y avait même plus d’eau pour boire. Les soldats riaient. Certains prenaient des photos ».

Et vous savez quoi ? Ces photos, elles circulent. Sur les téléphones intelligents, sur les réseaux, dans les rapports confidentiels. Personne ne peut nier. Personne ne veut condamner.

Dr. Céline, médecin dans une polyclinique privée située en plein centre de Goma, exprime son impuissance avec colère :

« Nous n’avons plus de morphine, plus de pansements propres, plus de gants. Nos chirurgiens opèrent à la lumière des téléphones. Et pendant ce temps, les hélicoptères survolent la ville comme des corbeaux ».

Elle conclut, frustrée :

« Si c’est cela la libération promise par le M23, alors qu’on nous laisse tranquilles sous notre occupation silencieuse du régime de Kinshasa ».

Maintenant, une question me traverse l’esprit : L’armée rwandaise, est-ce un partenaire stratégique ou un fossoyeur local ?

Sans y aller sous le dos de la cuillère, je me permettrai de réaffirmer ce que disent de nombreuses sources crédibles sur l’implication de l’armée rwandaise dans les combats. Elle est désormais avérée.

Notez :

Plusieurs sources locales et internationales affirment que plus de 1.000 soldats rwandais ont trouvé la mort sur le terrain — et que leurs corps auraient été évacués discrètement, comme pour effacer jusqu’à la trace tout indice de leur présence illégale.

Un militant de la Lucha, sous couvert d’anonymat, lâche avec insolence :

« Ils viennent ici faire leur guerre propre, avec nos morts et nos ruines. Quand ils rentrent chez eux, ils nettoient leurs uniformes, changent de nom, et reprennent leur rôle d’“observateurs neutres” devant les caméras des journalistes. Impressionnant ! ».

Bien sûr que oui. Que voulez-vous ? comment mieux défendre la paix que de la pulvériser à coups de RPG et de tirs de mortier ?

Comment mieux promouvoir la stabilité qu’en semant la terreur dans les quartiers résidentiels ? Le Rwanda, champion toutes catégories du paradoxe humaniste. Coup de chapeau à son Chef, le charismatique et l’indétrônable Paul Kagame !

Dans ce scénario fâcheux, il me paraît difficile de taire la crise sanitaire post-apocalyptique.

Justement, le système de santé à Goma est en lambeaux. Des hôpitaux et autres structures sanitaires sont aujourd’hui submergés par un raz-de-marée de chair meurtrie.

Le ministre de la santé Roger Kamba l’a dit clairement : les stocks de médicaments vont s’épuiser dans une semaine. Une semaine ? Franchement, le chaos est à son paroxysme.

À ce rythme, les pharmacies devront vendre des prières à la place des antibiotiques.

Pas seulement cette rupture de médicaments. Les infrastructures sanitaires sont attaquées, pillées, voire incendiées par des obus. Les centres de traitement des maladies infectieuses sont bombardés. Les ambulances sont visées. Comme si la mort ne suffisait pas, il fallait aussi assassiner ceux qui tentaient de la combattre.

Un infirmier, exténué, déclare :

« On sauve qui on peut. Et après, on se demande pourquoi on continue ».

Et la communauté internationale dans tout ça ?

Ah, elle est là, bien sûr. Présente, comme toujours. Avec ses communiqués mollassons, ses déclarations molles, ses sanctions molletonnées. Elle observe, compatit, regrette, exhorte, encourage… mais ne bouge pas. Elle sanctionne pas. Elle ne protège pas, non plus.

Les Nations Unies, la SADC, l’Union africaine… Toute une kyrielle d’initiales bardées de bonnes intentions, mais vides de moyens adaptés aux maux qui rongent l’Est de la RDC où le sang des innocents coule.

Sauf erreur de ma part, il faudrait arrêter de parler de « protection des civils » quand on assiste en direct à leur extermination.

Un politicien d’un parti au pouvoir dont je me réserve de citer le nom, fatigué lui aussi par ce bain de sang au Nord-Kivu, a un jour confessé :

« Ici, la diplomatie c’est du théâtre. Ceux qui tuent savent qu’ils peuvent continuer. Personne ne va les arrêter ».

Pour tout cela, je m’étonne – vraiment – de cette soif du sang qui semble animer ces vaillants combattants du M23 et leurs alliés rwandais. Eh oui, je m’étonne de voir des hommes adultes jouer à la guerre comme à un jeu vidéo, avec des bombes réelles et des familles entières pour cibles.

Bon, je dois m’étonner sûrement que personne ne lève le poing, ne bloque les comptes bancaires, ne ferme les frontières, ne dise enfin : ça suffit !

Le moins que l’on puisse dire, sans contredit, est que dans la ville de Goma, les réalités sont effarantes en ces trois évidences :

A Goma, la vie n’est plus sacrée. Elle est ciblée.

-À Goma, la paix n’est plus une idée. Elle est une utopie couverte de sang.

-À Goma, la vérité est une menace. Et dire la vérité, c’est risquer sa peau.

Mais, tant qu’un Congolais respirera, tant qu’un enfant pleurera, tant qu’un chant de douleur montera vers le ciel, la mémoire vivra.

Et cette mémoire, elle criera un jour vengeance.

Pas dans le sens de la haine, non. Plutôt, dans le sens de la justice.

Et alors, qui sait peut-être, que les bourreaux comprendront que la soif du sang finit toujours par un retour de flamme. Comprenne qui pourra !

Victor Hugo L’Apprenti
L’écrivain du peuple

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