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La fausse promesse : Comment le M23 trompe et terrorise ? ( Billet d’humeur)

Ah, le M23 ! Ce mouvement rebelle qui a su si bien se réinventer, comme un serpent qui mue… pour mieux étrangler. En quelques mois à peine, ce groupe armé – ou plutôt cette mascarade militaire habillée de discours pseudo-révolutionnaires – est parvenu à s’installer dans plusieurs coins des provinces du Nord et du Sud-Kivu avec la grâce d’un tyran en costume trois à pièces que chacun saurait deviner.

Libération, justice, dignité, révolution… Quel vocabulaire grandiose pour une réalité si sordide !

A mon avis, nous sommes dans un show médiatique de la « libération » où les mots remplacent les actes. Comment je le sais ?

Depuis leur retour sur le devant de la scène, les cadres du M23 ne cessent de marteler leurs slogans : – « Nous libérons le peuple de l’oppression. » – « Nous voulons redonner la parole aux citoyens. » -« L’État congolais nous ignore, alors c’est à nous de prendre nos responsabilités, – Le régime de Tshisekedi avec son tribalisme doit tomber… Et qu’en sais-je encore.

Chers amis, derrière ces phrases dignes d’un discours électoral bidon si on était en période de scrutins, que trouve-t-on ?

Une armée sans uniforme, des chefs sans visage, des combattants sans âge – mais surtout, une population prise en otage, soumise à une terreur quotidienne orchestrée sous couvert de « libération« .

À Rutshuru, à Nyiragongo, à Nyangezi, à Kabare, à Kaziba, à Idjwi, …sans citer les villes de Goma et de Bukavu, les habitants découvrent chaque matin ce qu’est la « liberté » selon le M23 : taxes illégales, viols systématiques, recrutement forcé des enfants ou des jeunes, pillages en série, exécutions sommaires, tortures, rançonnements,…

Ah oui, on vous libère… de vos biens, de vos proches, de votre sécurité, de vos illusions.

Les « héros » du quotidien : portraits d’un gang déguisé en force de paix

« Ils sont venus en disant qu’ils allaient nous protéger. Le lendemain, ils tuent, fouettent sans pitié, exigent des rançons, créent des infractions, imposent des règles irrésistiblement impopulaires, et tout ce que chacun sait imaginer. Libération, tu parles ! », a détaillé un acteur de la société civile à Bukavu qui a choisi de rester bouche bée de peur de s’attirer la foudre.

Ce genre de témoignage, malheureusement, se multiplie comme les tumeurs cancéreuses dans un pays meurtri, notamment dans sa partie orientale.

Selon des rapports d’experts en matière de droits humains, des civils sont exécutés sommairement dans les zones contrôlées par le M23 depuis le début de l’année 2025, sans retourner sur le lourd bilan des années antérieures. Des milliers de jeunes enrôlés de force, certains âgés de seulement 12 ans.

Et pendant ce temps-là, les dirigeants du M23 donnent des interviews sur les chaînes internationales, affichant des mines graves et des regards fatigués, comme si la guerre était un fardeau qu’ils portaient à contrecœur. Mais, qui croit encore à ce cirque ?

A ma connaissance , le business est florissant autour du chaos.

Sous couvert de lutte révolutionnaire, le M23 a instauré un véritable système fiscal parallèle. Taxes de « sécurité », droits de passage, redevances agricoles, impôts de loyauté, taxes d’assainissement, … Tout y passe.

Selon des témoignages bien recoupés, dans certaines localités, les habitants paient jusqu’à quatre fois plus en taxes informelles qu’auparavant. Et bien sûr, aucun service public n’est fourni en retour.

C’est simple : si vous refusez de payer, vous disparaissez. Si vous critiquez, vous finissez enterré (e) dans une fosse commune, si vous résistez, vous mourrez à petit feu, trempé (e) dans une piscine salée. Si vous fuyez, on vous rattrape, si vous osez dénoncer, vous subissez une torture impitoyable. Et dans le pire des cas, vous succombez de vos blessures béantes.

Eh oui, c’est ça, la démocratie version M23 : celle où le canon remplace la liberté d’expression.

Ce mouvement rebelle ne manque pas des alliés bienveillants et discrets.

Évidemment, le M23 n’est pas en train de survivre tout seul. Ses crimes silencieux bénéficient d’appuis logistiques et diplomatiques peu transparents. Des livraisons d’armes non officielles, des appuis financiers camouflés, des accords tacites signés dans l’ombre,…

Bref, la région tout entière semble jouer à un jeu trouble, où les frontières entre diplomatie et complicité deviennent poreuses.

Tandis que certains États condamnent publiquement les violences, d’autres ferment les yeux sur les trafics qui alimentent le conflit.

Parce qu’après tout, tant que l’Est du Congo reste divisé, personne ne viendra toucher aux minerais stratégiques ni aux richesses cachées sous la terre. Et le M23, malgré son image sulfureuse, reste un outil pratique pour maintenir cet ordre-là.

Quand les victimes parlent …vous sentez la désillusion.

« On nous dit que le M23 est notre sauveur. Moi, je dis qu’il est notre bourreau. Ces gens ont pris mon fils, ils ont brûlé ma maison, ils m’ont violée. Et maintenant, ils veulent que je les remercie ? Je préférais cent fois la misère de l’État quelque peu absent à la tyrannie du M23 présent « , confie Bijoux, survivante d’une attaque dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu.

Combien sont-elles, ces victimes, femmes, hommes et enfants broyés par une machine à promesses creuses ? Combien ont fui vers Goma, Bukavu, Kinshasa, Burundi, Tanzanie, Kenya ,…en espérant retrouver un semblant de vie normale ? Combien sont restés, non sans la mort dans l’âme, prisonniers d’un enfer nommé « zones libérées » ?

Des observateurs aussi intelligents que de millions de mes compatriotes sont convaincus qu’il s’agit d’une tragédie déguisée en révolution.

Le M23 n’est pas, à vrai dire, une force de libération. C’est une force de destruction. Pas une révolution, mais une régression. Bien plus encore, des sources variées précisent que c’est  » un groupuscule armé qui utilise la violence, la peur et la manipulation pour imposer sa loi « .

La société civile qui devrait dénoncer haut et fort les exactions de ce mouvement que d’aucuns qualifient abusivement de politique reste sans voix. Mais, elle s’interroge quand même en ces termes :

Comment peut-on défendre le peuple quand on le rançonne ? -Comment peut-on rêver d’un futur juste quand on massacre les innocents ? Comment peut-on développer une cité libérée quand on asphyxie la population par des mesures de taxation exagérées, voire irrationnelles ? Comment peut-on susciter l’adhésion d’une population à la gestion de ces zones lorsqu’elle est traumatisée à outrance ?

Sans contredit, le M23, dans toute sa splendeur cynique, a réponse à tout cela : avec un sourire jaune, un fusil et une interview bien ficelée relayée par des médias pris en otage.

Le philosophe et écrivain latin, Publilius Syrus, nous rappelle dans son livre Les sentences cette vérité :

 » La terreur est toujours un dangereux système : plus on est craint, et plus on doit craindre soi-même « .

Attention, il n’est un secret pour personne que les nouveaux maîtres des villes  » libérées  » ont le courage de tromper ce peuple assoiffé du changement. Mais, l’histoire reste têtue.

 » On peut tromper une partie du peuple tout le temps, et tout le peuple, une partie de temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps « , me disait mon père Zacharie, avant de passer l’arme à gauche.

Victor Hugo L’Apprenti 
L’écrivain du peuple

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