À Likasi, dans le creuset minier du Haut-Katanga, une usine dort. Ses cuves, ses chaînes rouillées, ses bâtiments à demi réhabilités racontent une histoire de promesses trahies, de rêves industriels asphyxiés par les appétits d’un jeu de dupes international. CAM Ressources est aujourd’hui un champ de bataille, non pas de machines, mais de puissances.
C’est un conflit aux allures de guerre invisible, où l’argent, la loi, la politique et l’identité nationale s’entrechoquent avec une certaine violence.
Une relance promise, une usine vendue
Tout commence comme une opportunité. En 2012, l’usine CAM Ressources, lourdement endettée, est mise sur le marché. Le prix initial ? 14 millions de dollars. Personne ne répond à l’appel. Les années passent. La dette s’accumule.
L’État, pressé de clore un dossier embarrassant, baisse progressivement la barre. Jusqu’à 2,3 millions. Dix ans plus tard, en 2022, un homme s’avance : Jonathan Mukendi, patron de Congo Global Mining. Il obtient l’adjudication provisoire. Il verse 600 000 dollars, une avance symbolique, mais suffisante pour effacer une partie des dettes et relancer les travaux d’exploitation.
Des machines tournent à nouveau. Des emplois reviennent. Un souffle industriel renaît.
Mais ce souffle sera court.
Des investisseurs masqués
En 2023, un groupe d’hommes fait son entrée, se présentant comme des investisseurs américains, liés à deux entités : Vertus mineral, VCO et Rok Metal. Leur discours est clair : modernisation, expertise, financement. Ces investisseurs proposent de réhabiliter l’usine, d’exploiter le cuivre, de générer des revenus.
Mukendi, confiant, les accueille. Une garantie de 600 000 dollars est versée, un montant important, mais censé être récupéré sur les bénéfices futurs.
Sauf que les bénéfices ne viennent pas. À la place, vient la trahison.
En quelques mois, le partenariat prend une toute autre tournure. Les prétendus investisseurs tentent de s’approprier l’actif. Par des manœuvres opaques, ils engagent une deuxième vente de l’usine, sans mandat légal, en invoquant des titres immobiliers douteux.
Un courrier du conservateur des titres du Haut-Katanga révèle une tentative de transfert frauduleux. Pire : ils saisissent la justice.
Non pas pour régler un litige, mais pour attaquer en justice le premier président de la Cour de cassation, en passant par la Cour d’appel. Une manœuvre sans précédent, à la frontière de l’abus de procédure.
Chantage, intimidation, blocage
Face à l’échec de leur coup de force, les investisseurs changent de stratégie. Ils exigent aujourd’hui plusieurs millions de dollars à Mukendi, sous prétexte de remboursement.
Un chantage pur et simple. Selon Mukendi, les 600 000 dollars initiaux ont été utilisés, 400 000 dollars supplémentaires ont été injectés dans la réhabilitation, et des bénéfices ont déjà été réalisés. Leur demande est donc démesurée, voire abusive, juge Bahati Christian, engagé de plus près dans ce dossier.
A vrai dire, ce n’est pas tout. Le tandem VCO-Rok Metal brandit la menace de poursuites internationales contre la RDC, invoquant des tribunaux d’arbitrage étrangers. Une pression destinée à forcer l’État congolais à courber l’échine.
Pendant ce temps, l’usine est à l’arrêt. Des travailleurs sont au chômage. Des cadres proches de Mukendi vivent en clandestinité, craignant pour leur sécurité. L’un d’eux, Bahati Christian, est devenu une cible.
Bahati Christian, le lanceur d’alerte dans la tempête
Bahati Christian, entrepreneur et philanthrope, a dénoncé publiquement ce qu’il appelle une spoliation déguisée. Il a pointé du doigt les agissements de ces investisseurs étrangers, soulignant que derrière les discours sur les partenariats, se cache une mainmise sur les ressources stratégiques du pays.
Ce dernier, président de la Fondation portant son nom, FOBAC, a rappelé que des Congolais, en règle avec l’État, sont écartés au profit de groupes opaques, souvent protégés par des réseaux occultes.
Assurément, sa voix audacieuse a fait trembler les puissants. Et c’est là que la politique entre en scène.
Modeste Bahati, deuxième vice-président du Sénat, porte une accusation retentissante : usurpation d’identité de son fils Christian Bahati Musengo.
Une accusation que Bahati Christian rejette avec véhémence. Il dénonce une instrumentalisation politique visant à le discréditer.
Pourtant, les faits parlent : pourquoi un haut responsable de l’État s’immiscerait-il dans une affaire judiciaire privée, si ce n’est pour en détourner le cours ?
Certains observateurs ne s’y trompent pas. Cette affaire ne tourne plus seulement autour d’une usine, mais autour de qui contrôle les richesses de la RDC. Et derrière les noms, les titres, les procédures, se dessine clairement un schéma inquiétant : des acteurs étrangers soutenus par des relais internes, qui utilisent le droit comme une arme, la finance comme un levier, et la politique comme un bouclier.
Une souveraineté en sursis ?
Alors que la RDC scelle des alliances stratégiques avec les États-Unis, notamment dans le secteur des minerais critiques (cobalt, cuivre, lithium), l’affaire CAM Ressources devient un symbole.
Elle interroge : jusqu’où ira la tolérance face aux appétits étrangers ? Jusqu’où laisserez-vous des groupes fantômes paralyser des projets nationaux, menacer des citoyens, intimider la justice ?
Bahati Christian, aujourd’hui, ne se bat plus seulement pour une usine basée à Likasi. Il se bat pour une vision : celle d’une économie congolaise maîtresse de ses actifs, pilotée par ses fils et filles, protégée par ses institutions.
Sans l’ombre d’un doute, ce jeune patron d’entreprises incarne la résistance de ceux qui refusent que le sous-sol congolais devienne une chasse gardée pour les prédateurs du capitalisme globalisé.
Et demain alors ?
L’usine CAM Ressources dort toujours. Mais, le combat, lui, est bien éveillé. Il se joue dans les couloirs du pouvoir, dans les salles d’audience, dans les médias.
Il se joue aussi dans le courage d’un homme comme Bahati Christian, qui, face aux menaces, refuse de se taire.
La question n’est plus donc seulement : Jusqu’où ira la lutte de résistance de Bahati Christian ?
Elle est désormais : Jusqu’où ira la RDC pour défendre sa souveraineté économique ?
A la vérité, si l’on ne protège pas une usine comme CAM Ressources aujourd’hui, demain, ce seront des centaines d’actifs qui tomberont, un par un, entre des mains étrangères, légitimées par des contrats obscurs, des pressions diplomatiques, des procédures judiciaires biaisées.
Le message est, à cet effet, clair : ‘ Le Congo ne sera pas une proie ‘.
Et Bahati Christian, debout, en est désormais l’un des plus puissants lanceurs d’alerte.
Papa Millionnaire Badibanga
L’écrivain du peuple











