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Hécatombe des réfugiés congolais au Burundi : Pourquoi laisser mourir bêtement plus de 70 mille compatriotes en errance ?

75 000 vies sont suspendues au-dessus d’un précipice, tandis que les promesses d’aide se noient dans l’indifférence des bureaux climatisés. Des enfants meurent de faim sous silence, alors que les budgets annoncés dorment encore dans des tiroirs scellés par la bureaucratie. Les camps sont devenus des cimetières à ciel ouvert, où l’espoir s’enterre chaque jour sous le poids de la faim et de la maladie. 25 millions de dollars promis, mais il n’y a que des miettes disponibles. Décryptage !

L’aide tant vantée est restée lettre morte, mais la faim, elle, est bien vivante et vorace. Ces paisibles citoyens ont fui la guerre en RDC pour échapper aux balles, mais ici, au Burundi, ils meurent lentement mais sûrement, condamnés, non par les armes, mais par la négligence. Les institutions se taisent. Les réfugiés crient. Et personne n’écoute.

Un tour en enfer dans les camps 

Ce matin-là, sous un ciel gris qui semblait pleurer avec eux, un tout petit garçon, pas âgé de plus de cinq ans, s’est assis sur un sac vide, les yeux rivés sur une marmite en fer rouillé.

Cet enfant ne pleurait pas. Il ne criait pas. Il attendait. Il attendait ce qu’on appelle ici « le miracle », une cuillère de porridge, un morceau de pain, un verre d’eau propre. Mais, le miracle, ce jour-là, comme tant d’autres, n’est pas venu.

Son nom ? Il ne l’a pas dit. Peut-être l’a-t-il oublié. Comme tant d’autres enfants dans les camps de Musenyi, de Bwagiriza ou de Kinama, il est devenu un fantôme vivant, un chiffre parmi les 75 000 réfugiés congolais que la guerre a arrachés à leurs racines, et que la négligence du monde laisse lentement s’éteindre.

Justement, ces compatriotes sont venus des provinces du Nord et du Sud, fuyant les milices, les viols, les massacres, les villages brûlés.

L’évidence saute à l’œil : Ils ont traversé des rivières rougies par le sang, marché des jours entiers avec leurs enfants sur le dos, leurs souvenirs dans un sac en plastique. Ils pensaient trouver la paix ici, au Burundi. Mais, la paix, mieux encore la quiétude intérieure est une illusion.

Aujourd’hui, ils vivent dans des abris de fortune faits de tôles rouillées, de bâches trouées, de branches tordues. Ils dorment à même le sol, à la belle étoile, exposés aux intempéries de tous ordres.

Comme on le voit, le vent passe à travers comme un spectre. La pluie les réveille en pleine nuit, inonde leurs maigres biens, emporte leurs effets ménagers. Et chaque matin, ils se lèvent, non pas pour travailler, ni pour étudier, mais pour survivre, encore une journée de plus.

Un silence inadmissible !

Certes, la crise humanitaire dans l’Est du Burundi n’est plus une alerte. C’est une catastrophe annoncée, une tragédie en direct que personne ne semble vouloir interrompre.

Les chiffres ? Ils sont terrifiants. 75 000 réfugiés. 75 000 vies suspendues à un fil. 75 000 bouches à nourrir, 75 000 corps à soigner, 75 000 cœurs qui battent encore, mais qui s’épuisent, très dangereusement.

Dans les camps, la faim est devenue une compagne familière. Elle marche avec les mères qui bercent des bébés aux ventres gonflés, elle dort avec les vieillards qui toussent dans l’obscurité, elle grandit avec les enfants qui comptent les jours sans école.

La maladie suit. Le paludisme, le choléra, la rougeole, la dysenterie et consorts. Les centres de santé sont débordés, sans médicaments, sans personnel. Un seul médecin pour mille personnes. Un seul lit pour dix malades. Beaucoup n’arrivent même pas à être soignés. Les plus fragiles succombent rapidement à ces pathologies non traitées.

Et pourtant, il y avait eu de l’espoir. En Janvier dernier, le ministère Burundais en charge des Droits humains annonçait un plan d’aide ambitieux : 25 millions de dollars pour secourir ces âmes en détresse.

Une enveloppe censée financer la nourriture, les soins, les écoles, les latrines, la sécurité. Une promesse solennelle, gravée dans les communiqués officiels, saluée par les diplomates, relayée par les médias.

Mais, hélas ! Jusqu’à ces jours, cette promesse flotte dans le vide, comme un ballon de baudruche crevé. Où est l’argent ? Où sont les camions de riz, de haricots, de bidons d’huile pour la cuisine, de sacs de sucre ? Où sont les tentes neuves, les vaccins, les enseignants ? Rien. Nulle part.

Décidément, le silence des bureaux gouvernementaux est plus lourd que les pierres du lac Tanganyika.

Des des âmes en colère et abattues …

Dans le camp de Musasa, j’ai rencontré Nsimire Adeline, une femme de 38 ans, mère de quatre enfants. Elle a marché pendant trois jours pour fuir une attaque dans son village depuis la chute de Bukavu entre les mains des troupes de l’AFC/M23. Son mari a été tué d’une balle dans la tête. Elle ne l’a même pas enterré. Elle l’a laissé là, sous un figuier, avec d’autres cadavres.

« Ici, on ne vit pas. On attend la mort » m’a-t-elle dit, les yeux secs, comme si les larmes avaient déserté son corps.

« On nous dit que le monde nous aide. Mais qui ? Où sont les bienfaiteurs, où sont leurs aides ? On mange une fois par jour, quand on a de la chance. Mes enfants ont mal au ventre tout le temps. Le plus petit ne parle plus. Il ne pleure même plus. Ça me dépasse », a ajouté Solange, mère de six enfants, obligée à se prostituer pour survivre.

Nadège, elle de son côté, rassure amèrement avoir aussi troqué sa dignité pour nourrir péniblement ses enfants.  » Ce n’est toujours pas facile de vivre comme ça. Mon corps ne saurait pas combler les besoins de survie là où même notre gouvernement de Kinshasa ne sait pas agir. Voyez le silence du gouvernement provincial à Uvira. C’est choquant ! « , reconnaît cette brave congolaise venue de Kamanyola, en territoire d’Uvira.

Sans tarder, Henri, cet ancien enseignant dans une école privée à Goma, a levé la tête.

« Je préférerais mourir sous les balles de mes bourreaux chez moi au Nord-Kivu que de crever ici de faim, lentement, comme un chien », a-t-il murmuré, ouvertement abattu au-dedans de lui.

« Au moins, là-bas, je serais mort en combattant. Ici à Bujumbura, je meurs en silence sans l’assistance des membres de ma famille dispersés ça et là à cause de la guerre. On meurt comme des imbéciles par manque de nourriture. On a assez crié.  Personne n’entend », estime ce ressortissant de la ville volcanique.

A vrai dire, ces témoignages ne sont pas des cris de révolte. Ce sont des cris de détresse. Des appels à l’aide lancés dans le désert.

L’indignation gronde de partout

La frustration monte d’un cran, comme une eau qui bout dans une marmite trop pleine. Les organisations de la société civile burundaises et congolaises s’organisent.

En plus, des marches pacifiques sont prévues dans les prochains jours, à Bujumbura, à Gitega, et même dans les camps. Des pancartes sont déjà dessinées, des calicots soigneusement préparés avec des messages parlants :

« Nous ne sommes pas invisibles », « 25 millions de dollars, où êtes-vous ? », « Sauvez nos enfants, nous ne voulons pas vos discours ». La liste des messages qui traduisent le chemin de croix que parcourent les réfugiés congolais est interminable.

Dans le même temps, les travailleurs humanitaires, eux, sont épuisés. Ils font des miracles avec des miettes. Mais, ils n’ont pas de baguette magique.

« On distribue ce qu’on peut, quand on peut », a confié à la Rédaction de Voix Critiques, VC Africa, Thérèse Ndaruzaniye, coordinatrice d’une ONG locale.

« Vous savez bien que la situation est intenable. On ne peut pas nourrir 75 000 personnes avec des prières. Il faut des fonds, énormément de fonds. Et surtout, il faut de la volonté politique des gouvernants. Sans ça, on enterre des enfants tous les jours ».

Le monde regarde ailleurs

Et au moment où certaines vies s’évaporent dans un silence absolu, et beaucoup d’autres au bord de l’abîme, le monde regarde ailleurs. Les guerres en Ukraine, au Soudan, en Palestine, en Israël monopolisent les caméras, les manchettes des journaux et les financements.

L’Est du Congo, puis le Burundi, comme on le dirait, sont devenus des zones grises sur la carte de l’attention internationale. Comme si la souffrance noire, congolaise, africaine, était moins digne d’être vue. Horrible !

On le sait, le fait est sans équivoque : chaque enfant qui meurt dans ces camps de réfugiés est un monde qui s’effondre. Chaque mère qui met en terre son bébé est une histoire humaine brisée. Chaque vie perdue est une insulte à notre humanité commune.

Et, au regard de ces tristes réalités, Célestin, ancien cadre de l’ONG internationale Action contre la Faim, ACF, s’interroge à haute voix en ces termes :

 » Le gouvernement de Kinshasa, en est-il conscient pour nous assister ? Les bailleurs de fonds, sont-ils à mesure de jeter un coup d’œil sur notre souffrance indescriptible ? Nos ministres et parlementaires congolais, ont-ils encore le coeur de chair pour compatir avec nous, même avant l’arrivée d’une aide internationale ? A quoi servent des millions de dollars prétendument bouffés par des individus ou distribués aux joueurs de clubs étrangers ? Faut-il que plus 70 mille personnes meurent pour que la conscience collective soit réveillée ? « , se désole ce compatriote qui avoue que l’enfer sévit dans ces camps.

A la vérité, les conventions internationales sont claires : les réfugiés ont droit à la protection, à la nourriture, à la santé, à la dignité.

Néanmoins, les conventions ne se mangent pas. Elles ne soignent pas un enfant malade. Elles ne remplissent pas une marmite vide.

Il est temps d’agir, vite et maintenant !

Ce n’est plus le moment des rapports. Ni des réunions. Ni des promesses creuses.

Selon des acteurs de la société civile au Burundi et en RDC, il est grand temps que les 25 millions de dollars annoncés deviennent une réalité. Et, même plus, vu le volume des besoins à satisfaire.

D’après ces sources citoyennes, il est temps que les camions chargés de vivres roulent vers les camps, que les hôpitaux soient approvisionnés, que des non vivres tels que des ustensiles de cuisine, des matelas et couvertures arrivent régulièrement, pas en aumônes sporadiques.

Interrogé, le Cartel des Médias pour les Réfugiés et Déplacés, CMRD-Grands-lacs, a déclaré que le gouvernement burundais, en coordination avec la RDC et les Nations unies, devrait prendre ses responsabilités.

Cette organisation de plaidoyer précise que les uns et les autres sont tenus d’éviter que ces réfugiés abandonnés à leur triste sort ne meurent pas comme des mouches.

Allusion faite aux bailleurs de fonds, notamment l’Union européenne, les États-Unis, l’Union africaine, qui doivent réagir en toute urgence, loin de toute indifférence.

Dans ce cas de figure d’extrême urgence humanitaire, le Cartel des Médias pour les Réfugiés et Déplacés, CMRD- Grands-lacs souligne dans un communiqué de presse parvenu récemment à notre Rédaction que le choix de sauver ces vies incombe à tous.

 » Parce que laisser mourir 75 000 personnes, ce n’est pas une fatalité. C’est un choix. Un choix politique. Un choix moral. Et ce choix, nous ne devons pas l’accepter « , peut-on lire dans ce document.

Toujours selon cette organisation, il est impératif de faire tout ce qui est possible, parce que chaque geste compte.

 » Peut-être que sauver 75 000 vies semble impossible. Mais, sauver une vie ? C’est possible. Et si chacun faisait ce qu’il peut pour en sauver une, alors peut-être que le monde entier serait sauvé « .

Cela étant, des acteurs soucieux de cette misère que les réfugiés congolais sont condamnés à endurer au Burundi, lancent cet appel en chœur :

 » Qu’on arrête de laisser mourir bêtement nos compatriotes congolais, africains, nos semblables du même sang rouge que nous. Qu’on arrête de compter les morts comme on compte les étoiles ! Qu’on arrête avec ce silence irresponsable des autorités de Kinshasa, de Bujumbura, de l’ONU et d’autres bailleurs de fonds qui ne veulent rien faire. Qu’on ouvre les portes, qu’on ouvre les cœurs, qu’on ouvre les caisses pour sauver ces dizaines de milliers de vies en danger de mort permanent « , notent ces activistes.

Il convient de rappeler que ces réfugiés ne sont pas des chiffres à banaliser. Ce sont des pères. Des mères. Des enfants. Des enseignants. Des artistes. Des rêveurs. Des dirigeants. Des fonctionnaires, …

Et ils méritent mieux que de mourir en errance.  » Celui qui sauve une seule vie sauve le monde entier « , dit-on.

Papa Millionnaire Badibanga
L’écrivain du peuple

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