Au lendemain de la ratification à Washington d’un accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, des interrogations émergent sur l’un de ses volets les plus sensibles : l’accès aux minerais stratégiques. Plusieurs spécialistes estiment que certaines formulations manquent de clarté, notamment en ce qui concerne le coltan, un minerai essentiel aux industries technologiques, largement exploité dans des zones contrôlées par la rébellion du M23.
Des experts s’étonnent que l’accord ne mentionne pas explicitement que plusieurs gisements de coltan se trouvent dans des territoires sous contrôle des rebelles, laissant planer le doute sur la façon dont les exportations illégales vers le Rwanda pourraient être traitées. Malgré ces réserves, le gouvernement congolais tente de rassurer.
La ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, reconnaît toutefois que l’accord nécessite encore des explications approfondies :
« Nous savons que nous devons continuer à communiquer sur ces accords pour les vulgariser davantage, surtout auprès de notre population, étant donné que le conflit nous affecte en premier lieu. Est-ce que la population congolaise est satisfaite ? Je voudrais l’espérer, car ces accords détiennent la promesse d’une paix durable dans notre pays et dans la sous-région. Mais je pense qu’il y a des éléments que certains auraient voulu voir et qu’ils n’ont pas retrouvés ».
Un accord muet sur le coltan, le minerai le plus contesté
Si le texte prévoit l’étude d’une Réserve stratégique des minerais (RSM) en RDC – structure chargée de sécuriser l’approvisionnement américain en minéraux critiques comme le cobalt –, il ne mentionne pas le coltan. Une omission qui interroge.
Jimmy Munguriek, avocat et directeur national de l’ONG Ressource Matters, estime que ce silence est problématique :
« Le fait de ne pas mentionner le coltan ne signifie pas que les États-Unis ne s’y intéressent pas. Le vrai problème est que le coltan est exploité en grande partie dans la zone occupée par le M23. Si ce minerai doit être exporté, cela passera forcément par le Rwanda, puisque son extraction est contrôlée par un groupe rebelle soutenu par Kigali ». Selon lui, cet aspect non clarifié pourrait devenir un sérieux obstacle à la mise en œuvre de l’accord.
Un accord qui profiterait davantage au Rwanda ?
Certains analystes congolais voient dans cet accord un risque de légitimer indirectement un système de prédation économique déjà dénoncé depuis des années. Pour le professeur Nicot Omeonga, de l’Université pédagogique nationale de Kinshasa, l’accord de Washington donne même au Rwanda une forme de « prime » :
« Le Rwanda continue de piller nos minerais stratégiques de manière violente, mais avec cet accord, le régime de Kigali obtient maintenant un accès légal à nos ressources. Et nous, que gagnons-nous ? Dans un accord, si l’on perd quelque chose, on doit gagner autre chose. Mais ici, jusqu’à présent, nous ne gagnons rien. Ce que nous dénoncions hier va continuer ».
Alors que les diplomates célèbrent une avancée historique, la réalité sur le terrain reste brutalement contradictoire. Les affrontements entre les FARDC et les rebelles de l’AFC-M23 se poursuivent dans plusieurs localités du Sud-Kivu, au moment même où l’accord est censé ouvrir une nouvelle ère de paix.
Cette discordance entre engagements internationaux et situation militaire alimente les doutes : si les questions liées au contrôle des minerais ne sont pas clarifiées, la paix promise pourrait rester théorique.
VC Africa











