La question d’un dialogue politique national refait surface en République démocratique du Congo. François Rubota, président du Mouvement Social pour le Renouveau (MSR), sort de son silence et livre une position claire, sans détours.
Tout en soutenant l’initiative du Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi, il insiste sur une condition essentielle : que ce dialogue ne soit ni un exercice de façade ni un simple partage de postes, mais un cadre sincère pour résoudre durablement l’insécurité persistante dans l’Est du pays.
L’Est en guerre exige un dialogue utile
Originaire du Grand Kivu, avec des attaches profondes au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, François Rubota se fait l’écho d’une population à bout de souffle. Depuis près de trente ans, ces provinces vivent au rythme des conflits armés, des déplacements massifs, des pertes humaines et de la destruction de l’économie locale.
Pour lui, il est temps de rompre avec les dialogues de convenance qui, par le passé, ont souvent accouché de compromis politiques sans impact réel sur la vie des citoyens.
Le président du MSR estime que l’organisation d’un dialogue national ne peut avoir de sens que si ses objectifs sont clairement définis dès le départ. Il s’interroge notamment sur les résultats concrets attendus : comment ce cadre peut-il mettre fin au cycle répétitif des violences armées ?
Qui en seront les véritables acteurs, et comment garantir que toutes les sensibilités nationales y soient réellement représentées ? Surtout, comment ce dialogue contribuera-t-il à restaurer pleinement l’intégrité territoriale de la RDC, mise à mal par des agressions extérieures récurrentes ?
Sécurité, souveraineté et vérité au cœur du débat
François Rubota va plus loin en soulevant la question sensible de la dimension régionale et internationale de la crise sécuritaire. Il s’interroge ouvertement sur la capacité de ces assises à produire des résolutions contraignantes face au Rwanda, régulièrement accusé d’ingérence dans l’Est congolais.
« Le dialogue permettra-t-il le retrait effectif des troupes rwandaises ? », se demande-t-il, évoquant les déclarations du président rwandais Paul Kagame sur des zones stratégiques comme Goma, Bukavu, Uvira et d’autres territoires sous contrôle de groupes armés soutenus de l’extérieur.
Pour le leader du MSR, un dialogue crédible doit impérativement aborder ces questions de front, sans tabous ni faux-semblants.
À défaut, il risquerait de devenir un simple exercice rhétorique, incapable de répondre aux attentes pressantes des populations victimes de l’insécurité.
Un dialogue possible, mais sans complaisance
Malgré ces réserves, François Rubota affirme sa disponibilité à participer à ce qu’il qualifie de « dialogue de vérité ». Il se dit prêt à confronter les revendications communautaires aux réalités du terrain, dans le but de promouvoir une cohabitation pacifique et durable entre les populations. À ses yeux, seule une démarche honnête, orientée vers des résultats mesurables, permettra de renforcer les capacités défensives du pays et de créer les conditions d’un développement réel dans les zones longtemps meurtries par la guerre.
Il souligne également que le temps des discours généraux est révolu. Les Congolais de l’Est attendent des solutions concrètes, visibles et durables. A l’en croire, toute initiative politique qui ignorerait cette exigence risquerait de renforcer la défiance populaire et d’aggraver les frustrations déjà profondes.
Dans ce contexte, ce notable du Grand Kivu précise que le dialogue national ne doit pas être une mise en scène politique de plus, mais un tournant historique capable de rendre enfin justice aux populations meurtries de l’Est. Et ce, afin de refonder la paix sur des bases solides, sincères et durables.
Cette prise de position intervient alors que le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, a réaffirmé sa volonté d’organiser un dialogue entre Congolais.
Le chef de l’État s’est récemment exprimé à ce sujet lors de la cérémonie traditionnelle d’échange de vœux avec les ambassadeurs et le corps diplomatique accrédités en RDC, tenue le samedi 31 janvier 2026 au Palais de la Nation, à Kinshasa.
Devant ses invités, il a confirmé son ouverture à un dialogue interne, réclamé notamment par l’opposition, les confessions religieuses et la société civile.
Rappelons que le président Tshisekedi a posé une ligne rouge claire : l’exclusion des groupes armés impliqués dans des violences contre les populations civiles.
« Le dialogue est possible, mais il ne peut se faire avec ceux qui sont responsables des crimes commis contre nos populations », a-t-il martelé.
Papa Millionnaire Badibanga
L’écrivain du peuple











